La Bicinglette : 6 montées du Ventoux dans la même journée

Le défi des Cinglés du Ventoux, c'est de monter le Ventoux par 3 voies différentes, en 24h. Tout est expliqué sur le site du club des Cinglés du Ventoux
La Bicinglette, c'est comme son nom l'indique, deux fois les trois montées, toujours dans la même journée.
Je m'étais déjà attaqué au Ventoux le 10 octobre 2009 dans la version 4 montées, ce défi portant le doux nom de Galérien du Ventoux.
Pour le Galérien, j'étais en singlespeed. Plateau de 32 et pignon de 20. Pour les deux montées de plus de ce 15 mai 2010, j'avais remonté un dérailleur arrière, avec une cassette 11x28.

Première montée, depuis Bédoin : de 5h20 à 7h30 = 2h10

Levé très tôt, j'ai quitté l'hôtel et je me suis garé à Bédoin. J'envisageais de faire comme pour le Galérien en faisant d'abord Bédoin puis Malaucène et revenir me ravitailler à la voiture après 2 montées.
Mais Didier, un copain du site VéloTrainer m'avait suggéré de commencer en enchainant les deux montées par Bédoin, celles où j'aurais le plus le vent de face.
Je suis parti avec ces deux possibilités en tête, me disant que j'aviserai une fois en haut.
J'avais donc pour repère le galérien où j'avais fait 4 montées en 32x20.
Avec mon plateau de 32 et sur le pignon de 21 pour la première montée, c'était équivalent. Une dent de moins, mais deux montées de plus à faire. Eh bien aux 2/3 de cette première montée, j'ai commencé à passer sur le 32x24... et la fin de cette première montée, ça a été avec le 32x28 !
ça commençait bien !
Les dernières infos météo que j'avais dataient du vendredi matin, annonçant un vent à 75 km/h. Je n'ai pas été déçu...
En plus, je constate que si l'an dernier à la même date il ne restait de la neige que du côté de Malaucène, là il y en a aussi du côté sud. Le brouillard est dense, il ne quittera jamais le sommet de la journée. Tout seul en haut, je constate que j'ai mis 10 mn de plus qu'en octobre. Vu le vent, ça me semble correct, et puis je ne suis pas là pour faire un chrono, mais pour enchainer six montées.
Je prends une photo vite fait, et je décide de suivre le sage conseil de Didier : retour sur Bédoin.



Deuxième montée, depuis Bédoin : de 8h25 à 10h37 = 2h12

La descente est terrible, comme je le craignais. L'échauffement de la montée disparaît vite, avec quatre causes qui se cumulent : la température (on me dira ensuite qu'il faisait 1C au sommet, ce qui explique la neige), le brouillard humide, la vitesse de la descente (40 à 60 km/h facilement) et enfin l'absence de mouvement pendant plus d'une demie heure. Comme il était très tôt quand je suis parti, je fais tamponner ma carte à deux endroits, dont un bar où j'en profite pour m'offrir un café pour me réchauffer un peu. Puis je repars.
Lors de cette deuxième montée, j'ai discuté un peu avec un british qui faisait les Cinglés. Il a fait une de ces têtes quand je lui ai montré ma carte, avec le double de tampons à mettre que lui !
En plus, il était désolé car la boutique de souvenirs était fermée, il avait peur de ne pas avoir de tampon au sommet... Je lui ai donc indiqué le restaurant le Vendran.
Je ne l'attends pas, je redescends vers Malaucène.


Troisième montée, depuis Malaucène : de 11h40 à 14h10 = 2h30

La descente est frigorifiante aussi. Comme tout à l'heure, je joins l'utile à l'agréable en faisant tamponner la carte tout en prenant un café.
Dans la montée, je m'arrête prendre quelques photos de la neige à la mi-mai :

Près du sommet, je rejoins Anne, une amie de VéloTrainer qui est montée avec un groupe de 17, par la route forestière. Elle en profite pour me prendre en photo.


Deux photos au sommet, après tamponnage de la carte à la boutique de souvenirs.



Quatrième montée, depuis Malaucène : de 15h15 à 17h50 = 2h35

Je rêvais de manger chaud, j'ai pris des lasagnes. Bon, je l'ai regretté un peu durant la première demie heure de montée, car digérer tout en roulant ça n'est pas l'idéal Mais ça m'a fait du bien.
Personne à qui demander de me prendre en photo au sommet, les rares voitures ne font que passer, sans que les passagers en descendent. D'une part le brouillard est de plus en plus intense, avec une visibilité d'à peine 3 mètres, mais surtout le vent s'est encore renforcé (j'apprendrai par la suite que ça soufflait à 120 km/ au col des Tempêtes !!!).
Je redescends vers le Vendran, j'y prends un grand café, et j'essaye de téléphoner à ma femme pour la rassurer. Nous avions convenu que je l'appellerais vers 18h, mais le portable ne passe pas... Heureusement qu'il y a un fixe : les nouvelles technologies c'est bien beau, mais ça ne fonctionne pas partout ni par tous les temps.

Cinquième montée, depuis Sault : de 18h40 à 21h05 = 2h25

à Sault, je suis prévoyant : je fais tamponner ma carte à deux endroits, me doutant que je passerai tard pour la dernière montée.
Au début de cette montée, j'éclate de rire en voyant ce panneau. Il y a des comiques à la DDE en Provence !


Le début de la montée par Sault est pénible, car assez dégagé et avec le vent de face. Heureusement, je sais qu'après la pente est moins forte jusqu'au chalet Reynard, et que je serai abrité par la végétation.
La nuit tombe petit à petit, je vois de plus en plus d'animaux sur la route : écureuils, lapins, chevreuils.
Pour les 2 dernières montées, la fin ne peut plus se faire sur le vélo. Je tiens le vélo par le cintre et la selle, le vent soulève le vélo de 30 cm lors de certaines rafales...
En haut, je décide d'abandonner. Vraiment.
Puis en arrivant au chalet Reynard, même si je suis déjà gelé, je me dis que c'est trop bête d'arrêter après tout ce que j'en ai bavé. La montée se fera, les jambes sont encore bonnes.
Je sais que je vais m'imposer une descente que je pourrais facilement éviter, mais je sais aussi que sinon je le regretterai longtemps.
Allez, je prends à gauche quand même vers Sault, au lieu de rejoindre directement la voiture à Bédoin.

Sixième montée, depuis Sault : de 21h50 à 0h20 = 2h30

J'ai l'impression que la dernière montée se fait au ralenti. Je n'ai pas cherché si un café était encore ouvert, il faut que ça se termine.
Il fait noir, il n'y a aucune voiture, c'est agréable cette sensation d'être seul au monde. La montée est dure pour les jambes, mais je sais maintenant que le pari va être gagné.
Je me souviendrai longtemps de ma dernière descente. Je suis bien sûr pressé d'arriver à la voiture, mais comme il fait nuit et malgré mon bon éclairage, je descends doucement (moins de 30 km/h alors qu'en journée c'était facilement entre 45 et 60) pour ne pas me refroidir encore plus.
30 mn après être remonté dans la bagnole à la fin de l'aventure, malgré le siège chauffant de la Volvo et le chauffage (si si) je tremblais encore.
Revenu à l'hôtel, la douche chaude me fait un bien fou. Je sais que c'est gagné, mais je ne suis pas content. Pas encore. L'important, c'est de ne plus avoir froid. La satisfaction du défi relevé, c'est pour le lendemain matin.

J'ai battu mon "record" personnel de descente, qui était de 73.10 km/h en octobre, également sur le Ventoux

Bilan : 274.42 km et 8800 m de D+, en 19h50 au total, dont 18h05 sur le vélo.
Et 3 kg de moins !

Matériel utilisé :
RockRider 5.3 de 2004, avec plateau de 32, cassette 11x28, pneus semi-slicks Michelin Country Rock.